Une piste rouge qui serpente entre les montagnes du Kaokoland, un troupeau de chèvres qui soulève la poussière, puis un cercle de huttes en terre autour d’un enclos à bétail. Au centre, un feu qu’on ne laisse jamais vraiment s’éteindre. Bienvenue chez les Himbas de Namibie, l’un des derniers peuples semi-nomades d’Afrique australe.
Vous les avez sans doute déjà vus en photo : la peau couverte d’une pâte ocre, les tresses sculptées, les colliers de cuir et de métal. Mais derrière ces images très partagées se cachent souvent bien des clichés.
Dans ce guide, on vous raconte qui sont vraiment les Himbas : leur histoire, leur mode de vie, leurs croyances et les défis qu’ils affrontent aujourd’hui. Et parce que beaucoup de nos voyageurs rêvent de les rencontrer, on vous partage aussi nos conseils pour visiter un village himba de façon respectueuse, dans le cadre d’un voyage sur mesure en Namibie.
Qui sont les Himbas ?
Les Himbas (ou Ovahimba, « Omuhimba » au singulier) sont un peuple d’éleveurs semi-nomades du nord-ouest de la Namibie. On les qualifie souvent de « tribu », mais le terme est parfois réducteur : les Himbas forment un peuple à part entière, avec sa langue, ses institutions et son organisation sociale.
Quelques repères pour les situer :
- Où vivent-ils ? Principalement dans la région du Kunene, l’ancien Kaokoland, ainsi que de l’autre côté du fleuve Kunene, dans le sud de l’Angola. La petite ville d’Opuwo en est la capitale régionale.
- Combien sont-ils ? Le recensement namibien de 2023 en compte un peu plus de 35 000 en Namibie. Avec ceux qui vivent en Angola, on estime leur nombre total à environ 50 000.
- Quelle langue parlent-ils ? L’otjiHimba, une variante de l’otjiherero, qui appartient à la grande famille des langues bantoues.
Les Himbas et les Hereros, des cousins proches
Les Himbas et les Hereros partagent la même origine, la même langue et une grande partie de leur culture. Ils descendent de peuples bantous arrivés dans la région il y a plusieurs siècles, au terme de longues migrations depuis l’Afrique centrale et orientale.
La différence s’est faite dans la façon de vivre. Les Hereros se sont progressivement sédentarisés et ont adopté de nombreux codes venus de l’extérieur, jusqu’aux longues robes d’inspiration victorienne que portent encore les femmes hereros. Les Himbas, eux, sont restés fidèles au pastoralisme, un mode d’élevage où les troupeaux d’animaux se nourrissent de végétation naturelle, ce qui explique leur mode de vie semi-nomade : il faut régulièrement trouver de nouvelles pâtures.
L’histoire des Himbas : un peuple qui a traversé les crises
L’histoire des Himbas est faite de déplacements, de pertes et d’une remarquable capacité à rebondir.
Au XIXe siècle, des razzias sur leurs troupeaux poussent une partie des familles à se réfugier en Angola, où certaines se retrouvent mêlées aux conflits de la colonisation portugaise. On raconte d’ailleurs que le nom « Himba » signifierait « mendiant » en otjiherero, souvenir de cette période où ils ont tout perdu.
La colonisation allemande de la Namibie, à partir de 1884, marque toute la famille des peuples hereros. Entre 1904 et 1908, les troupes coloniales mènent contre les Hereros et les Namas une répression aujourd’hui reconnue comme le premier génocide du XXe siècle. Isolés dans les montagnes reculées du Kaokoland, les Himbas ont en partie échappé à cette violence et préservé leur mode de vie.
Au XXe siècle, de nombreuses familles reviennent d’Angola vers le Kaokoland, notamment dans les années 1920. Les épreuves continuent : dans les années 1980, une sécheresse extrême décime environ 90 % du bétail, pendant que la guerre d’indépendance fait rage le long de la frontière angolaise. Beaucoup de Himbas se réfugient alors à Opuwo. On pense à l’époque que leur mode de vie va disparaître. Il n’en sera rien : les troupeaux se reconstituent, et les Himbas retournent à leurs pâturages.
Le mode de vie des Himbas au quotidien
Des éleveurs avant tout
Chez les Himbas, la richesse se compte en têtes de bétail. Les familles élèvent des chèvres et des moutons, mais ce sont les vaches qui font la fortune et le prestige d’une famille. Elles sont au cœur des mariages, des héritages et des rituels.
Les Himbas sont dits semi-nomades : chaque famille possède un campement principal, où elle cultive parfois un peu de maïs ou de millet à la saison des pluies. Mais au fil de l’année, les hommes déplacent les troupeaux vers d’autres pâturages, en fonction des pluies et des points d’eau. Ce système de rotation, qui laisse les pâturages de saison sèche se reposer pendant la saison des pluies, est étudié par les chercheurs pour son efficacité.
L’alimentation reste simple : du lait caillé, de la bouillie de maïs, parfois de la viande, des œufs, du miel ou des herbes sauvages.
L’onganda, le campement familial
Une famille élargie vit dans un onganda : un petit hameau circulaire de huttes et d’abris, organisé autour de deux éléments essentiels, l’enclos du bétail sacré et le feu sacré, l’okuruwo.
Les huttes sont construites en branches de mopane, recouvertes d’un mélange de terre rouge et de bouse de vache.
Le rôle des femmes et des hommes
Les tâches sont bien réparties. Les femmes et les jeunes filles assurent une grande partie du travail physique : aller chercher l’eau, entretenir les huttes, traire les vaches et les chèvres, cuisiner, s’occuper des enfants et fabriquer bijoux, vêtements et objets artisanaux. Les hommes gèrent les troupeaux, s’absentent souvent longtemps pour les mener aux pâturages, et participent aux conseils où se prennent les décisions de la communauté.
Une double filiation unique
C’est l’une des particularités les plus fascinantes des Himbas : chaque personne appartient à deux clans, celui de son père (l’oruzo) et celui de sa mère (l’eanda). Les enfants vivent dans le clan paternel, mais l’héritage du bétail passe par la lignée maternelle : un fils hérite de son oncle maternel, pas de son père.
Ce système, rare dans le monde, permet de s’appuyer sur deux réseaux de proches dispersés sur un vaste territoire. Un atout précieux dans un environnement aussi rude que le Kaokoland. Il limite aussi la concentration du pouvoir et des richesses entre les mains d’une seule famille.
L’otjize, les coiffures et les parures : un langage codé
L’otjize, la pâte qui donne aux Himbas leur teinte rouge
C’est le signe le plus connu des Himbas. Chaque matin, les femmes s’enduisent la peau et les cheveux d’otjize, une pâte faite d’ocre rouge broyée et de graisse de beurre, souvent parfumée à la résine d’un arbuste local, l’omuzumba.
L’otjize a des vertus pratiques : dans une région où l’eau est rare, il nettoie la peau, la protège du soleil, du vent sec et des piqûres d’insectes. Mais pour les Himbas, c’est avant tout un geste de beauté. Sa couleur évoque la terre et le sang, donc la vie. Pour se laver, les femmes ont aussi recours à des bains de fumée d’herbes aromatiques, et à la cendre de bois pour les cheveux.
Des coiffures qui racontent une vie
Chez les Himbas, la coiffure fonctionne presque comme une carte d’identité. Elle indique l’âge, le statut et la situation familiale de chacun :
- les jeunes enfants portent des coiffures simples, qui varient selon le sexe ;
- les adolescentes portent de nombreuses tresses enduites d’otjize, dont certaines retombent sur le visage ;
- les femmes mariées depuis environ un an, ou mères, portent l’erembe, une petite coiffe en peau sculptée posée au sommet de la tête ;
- les jeunes hommes célibataires portent une seule tresse vers l’arrière ;
- les hommes mariés couvrent leurs cheveux d’un bonnet ou d’un turban.
Les bijoux complètent ce langage : colliers, bracelets et chevillères en cuir, en métal ou en coquillage signalent eux aussi le statut de chacun.
Les croyances des Himbas : le feu sacré et les ancêtres
Les Himbas croient en un dieu unique, Mukuru, et vénèrent leurs ancêtres. Mukuru se trouve dans un monde lointain : ce sont les ancêtres qui jouent le rôle d’intermédiaires entre lui et les vivants. Ils peuvent bénir, mais aussi punir.
Le lien passe par l’okuruwo, le feu sacré entretenu au centre de chaque campement, près de l’enclos du bétail. Un gardien du feu, généralement le chef de famille, s’en approche régulièrement pour parler aux ancêtres au nom de sa famille. Les naissances, les mariages, les funérailles et les décisions importantes passent par ce feu.
La danse a aussi une place importante dans la vie collective. L’ondjongo, par exemple, réunit hommes et femmes lors des fêtes, dans un mélange de chants, de claquements de mains et de pas rythmés.
Les Himbas aujourd’hui : entre tradition et modernité
Attention à une idée reçue tenace : les Himbas ne vivent pas « hors du temps ». Beaucoup gardent leurs traditions par choix, tout en étant parfaitement connectés au monde qui les entoure. À Opuwo, il est courant de croiser des femmes en otjize faire leurs courses au supermarché, un téléphone portable à la main.
Leur mode de vie fait pourtant face à de vrais défis :
- Les sécheresses se multiplient depuis une dizaine d’années, fragilisent l’élevage et provoquent des périodes de disette.
- La scolarisation est nécessaire pour s’adapter au monde moderne, mais elle éloigne aussi les enfants de la transmission culturelle, qui se fait traditionnellement en gardant le bétail ou le soir autour du feu.
- Le projet de barrage hydroélectrique sur le fleuve Kunene, dans les montagnes de Baynes, menace d’inonder une partie de leurs terres ancestrales. Les communautés himbas s’y opposent depuis des années, avec plusieurs grandes manifestations à Opuwo et Okanguati.
- Les préjugés restent forts, y compris en Namibie, où les Himbas sont encore parfois victimes de moqueries ou de discriminations.
Dans ce contexte, le tourisme peut être une source de revenus utile : payer l’école des enfants, vacciner le bétail ou réparer un forage. À condition qu’il soit pensé avec les communautés, et non à leur place.
Visiter un village himba : nos conseils pour une rencontre responsable
Faut-il visiter un village himba ?
C’est une vraie question, et on ne vous apportera pas de réponse toute faite. Une visite peut être un moment d’échange sincère, et une source de revenus pour les familles qui vous accueillent. Mais elle peut aussi tourner au « zoo humain » si elle est mal organisée.
Tout dépend de la manière dont elle se fait. Une rencontre réussie repose sur trois conditions : la communauté a choisi d’accueillir des visiteurs, elle en tire un bénéfice direct, et vous venez pour échanger, pas seulement pour prendre des photos.
Méfiez-vous notamment des « villages » installés le long des routes touristiques, loin du Kaokoland. Certains sont de simples vitrines folkloriques, coupées de la vie réelle des familles et de leurs troupeaux.
Où rencontrer les Himbas en Namibie ?
Les Himbas vivent dans le nord-ouest du pays, dans la région du Kunene. Plusieurs points d’entrée sont possibles :
- Opuwo, la capitale régionale, est le point de départ classique. Plusieurs villages des environs accueillent les visiteurs accompagnés d’un guide.
- Les chutes d’Epupa, sur le fleuve Kunene à la frontière angolaise, sont entourées de nombreux campements himbas, dans un décor de palmiers et de baobabs.
- Les vallées reculées du Kaokoland, comme le Marienfluss ou la vallée de Hartmann, offrent des rencontres plus rares, au prix de longues heures de piste.
- Le Ovahimba Living Museum, à une quarantaine de kilomètres au nord d’Opuwo sur la route d’Epupa, propose une approche plus pédagogique, gérée par la communauté.
Nos 6 conseils pour une visite respectueuse
- Partez avec un guide local de confiance. Idéalement un guide himba ou herero, qui connaît personnellement les familles et parle leur langue. C’est lui qui fera le lien, traduira vos échanges et s’assurera que la communauté est d’accord pour vous recevoir.
- Demandez toujours avant de photographier. Une photo n’est jamais un dû. Commencez par discuter, et laissez le guide demander l’accord des personnes concernées.
- Apportez des présents utiles. Il est d’usage d’offrir des produits de base comme de la farine de maïs, de l’huile ou du savon. Demandez conseil à votre guide, et évitez les bonbons ou l’argent distribué aux enfants.
- Prenez le temps. Une visite de 20 minutes entre deux étapes laisse peu de place à la rencontre. Mieux vaut une demi-journée, voire une nuit dans un campement à proximité.
- Respectez les lieux sacrés. Ne passez jamais entre le feu sacré et l’enclos du bétail : c’est un espace réservé aux ancêtres et à la famille.
- Laissez vos jugements de côté. Posez des questions avec curiosité et bienveillance, sur leur vie, mais aussi sur la vôtre : les Himbas sont souvent aussi curieux de vous que vous l’êtes d’eux.
Notre avis terrain : les plus belles rencontres ne sont jamais celles qu’on a le plus photographiées. Ce sont celles où l’on a ri ensemble autour du feu, partagé une tâche du quotidien ou simplement pris le temps de s’asseoir.
Organiser son voyage au pays des Himbas
Comment se rendre dans le Kaokoland ?
Le Kaokoland est l’une des régions les plus isolées de Namibie. Depuis Windhoek, comptez une longue journée de route pour rejoindre Opuwo, puis encore plusieurs heures de piste pour atteindre Epupa ou les vallées les plus reculées. La plupart des voyageurs y arrivent après une étape dans le Damaraland ou à Etosha.
Sur place, les pistes deviennent vite techniques : sable, cailloux, passages de rivières asséchées. Un véritable 4×4 est indispensable, et il faut faire le plein dès que possible, les stations étant rares. Pour bien choisir votre véhicule, consultez nos conseils pour la location d’un 4×4 en Namibie.
Les formalités avant de partir
Les voyageurs français doivent désormais obtenir un visa pour entrer en Namibie, à demander en ligne avant le départ ou à l’arrivée à Windhoek. Toutes les démarches sont détaillées dans notre article visa Namibie : conditions et formalités.
FAQ : les questions fréquentes sur les Himbas de Namibie
Où vivent les Himbas ?
Dans le nord-ouest de la Namibie, dans la région du Kunene (l’ancien Kaokoland), et dans le sud de l’Angola, de l’autre côté du fleuve Kunene.
Combien y a-t-il de Himbas ?
Un peu plus de 35 000 en Namibie selon le recensement de 2023, et environ 50 000 en comptant ceux d’Angola.
Pourquoi les Himbas ont-ils la peau rouge ?
Ils s’enduisent la peau et les cheveux d’otjize, une pâte d’ocre rouge et de graisse de beurre. Elle protège du soleil et des insectes, mais c’est surtout un geste de beauté.
Quelle est la différence entre les Himbas et les Hereros ?
Ils partagent la même origine et la même langue. Les Hereros se sont sédentarisés et modernisés, tandis que les Himbas ont conservé un mode de vie pastoral et semi-nomade.
Peut-on visiter un village himba ?
Oui, à condition de passer par un guide local qui connaît les familles, et de respecter quelques règles simples : demander avant de photographier, apporter des présents utiles et prendre le temps de l’échange. Écrivez-nous pour organiser votre voyage en Namibie et la rencontre avec le peuple Himba.
Faut-il un 4×4 pour aller chez les Himbas ?
Oui, c’est fortement recommandé. Au-delà d’Opuwo, les pistes du Kaokoland sont techniques et peu fréquentées.
Les Himbas de Namibie, le mot de la fin
Rencontrer les Himbas, c’est découvrir un peuple fier, organisé et résilient, qui a traversé les crises sans renoncer à ce qu’il est. C’est aussi une expérience qui demande du temps, de l’humilité et une bonne préparation.
Nous sommes The Black Sheep Agency, ravis de vous rencontrer ! Chaque membre de l’équipe vient de France, mais vit au Cap depuis plusieurs années. La Namibie, avec ses pistes rouges, ses ciels étoilés et ses rencontres hors du temps, fait partie des destinations qui nous font le plus vibrer.
Vous rêvez de découvrir le pays himba, mais vous ne savez pas par où commencer ? Itinéraire, choix du 4×4, étapes, rencontre avec un guide local : on s’occupe de tout, pour que vous n’ayez plus qu’à profiter de la route. Écrivez-nous : on prendra le temps d’échanger sur vos envies, votre rythme et votre budget, pour construire ensemble un voyage en Namibie qui vous ressemble.